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Covid-19 et import-export : leçons de la crise et avenir

Transport - Douane
26/06/2020
Comment les opérateurs douaniers et logistiques ont-ils appréhendé la crise sanitaire liée au coronavirus et quelles perspectives ouvre-t-elle pour l’avenir ? Et plus largement, la question des relocalisations se pose-t-elle vraiment ? Des questions abordées par des experts lors d'une conférence du 23 juin à la Digital SITL 2020.
Comment a été vécue la période Covid-19 par les opérateurs douaniers ?
 
Pour Olivier Thouard, Directeur Douane et Taxes du Groupe GEFCO, la situation liée à la crise du coronavirus a été surtout « complexe et mouvante », mais l’agilité et l’adaptation ont été sensibles du côté des opérateurs comme de l’Administration.
 
Concrètement, la gestion de la crise a été tendue sous l’angle douanier avec des changements réglementaires quasi-quotidiens (parfois en contradiction avec des textes gouvernementaux pour lesquels il a donc fallu trouver des interprétations utiles). Au sein de TLF Overseas, des réunions quotidiennes ont eu lieu pour se poser les bonnes questions et apporter et diffuser les bonnes réponses à la profession. Le sujet des masques en a été une illustration parfaite. Une autre complexité générée par la crise du coronavirus au niveau du transport a été l’émergence de réglementations nationales comme par exemple pour le passage des frontières qui nécessitait en France 3 documents pour le chauffeur : un pour le passage, un pour le travail et un pour la pause.
 
Olivier Thouard souligne aussi une « vraie ouverture de la Douane française » qui s’est pliée en quatre pour les opérateurs (par exemple avec les reports d’échéancier de paiement). Cette Administration est même parfois allée « trop loin » en termes d’initiatives favorables aux opérateurs et la Commission européenne est revenue sur des solutions initiées par la DGDDI (ce fut le cas pour le stockage par exemple ; voir notre actualité).
 
Et après l’épisode Covid-19 ?
 
Si la pandémie liée au coronavirus a eu pour effet le report de certaines réglementations, comme par exemple celle sur la mise en œuvre de la définition de l’exportateur décalée au 1er octobre prochain (voir notre actualité), il se s’agit que de report et les opérateurs devront s’atteler à ces chantiers seulement différés : il faut donc se préparer à revenir à du classique.
 
Toutefois, le retour ne se fera pas à la mode ancienne : la crise sanitaire a permis, dans les process de travail notamment et grâce à la digitalisation, la mise en place de simplifications dont il faut pérenniser l’utilisation. Le travail à distance ayant fait ses preuves, il faut poursuivre/accélérer le mouvement déjà initié côté entreprises : la digitalisation devient un enjeu majeur pour travailler différemment !

Au titre des sujets qui vont revenir sur le tapis après l’épisode du coronavirus, celui du Brexit est en bonne place également. La fin de la période transitoire étant définitivement fixée au 31 décembre 2020 (voir notre actualité), les opérations import-export avec le Royaume-Uni donneront lieu dès le 1er janvier 2021 à déclaration coté UE. Mais du côté anglais, les choses sont moins nettes puisque à l’import la Grande-Bretagne n’est pas prête. Sous réserves de simplifications à venir, le RU a prévu trois phases : au 1er janvier 2021, un système encore à préciser mais ressemblant à l’ancienne Transitional Simplified Procedures, TSP, au 1er avril un système pour les mesures sanitaires et phytosanitaires et au 31 juillet un système de déclaration au passage.

 
Vous avez dit « relocalisation » ?
 
La question de la relocalisation des activités de production en France a été évoquée au plus haut niveau de l’État durant la période de crise du coronavirus. Elle aurait un impact évident sur l’import-export. Peut-on parler pour autant d’une « démondialisation » en marche ? Non, répond Christian de Boissieu, vice-président du Cercle des économistes, pour qui le terme est trop fort : il voit là un phénomène de « fragmentation » de l’économie mondiale qui existait déjà avant cette crise (par exemple avec la guerre économique entre les USA et la Chine). Une demande de souveraineté, de récréation d’emploi, de réduction du déficit commercial existe certes en France, comme aux USA, selon cet économiste. Mais il souligne le revers de la médaille à la relocalisation : la hausse des prix des marchandises en raison des coûts ! Sur ce point, François Soulet de Bruguière, expert maritime et administrateur de l’AUTF, estime très aléatoire une relocalisation sur la base du coût du fret : elle sera plutôt fondée sur des économies de coût des marchandises, donc dans les pays où ceux-ci sont bas. Bref, sur ce point, rien ne changerait vraiment.
Source : Actualités du droit